Livre : Jacques Gernet – Le monde chinois (tome 2)

Si vous souhaitez en savoir plus sur le tome 1, j’en parle ici.

Commençons par la quatrième de couverture :

    “Cet ouvrage embrasse les quatre millénaires de civilisation chinoise sans lesquels il est impossible de comprendre ce pays aujourd’hui. Jacques Gernet nous présente les transformations successives de ce monde immense et fait ressortir les liens qui, à chaque moment, ont existé entre société, politique, économie, techniques, religions et vie intellectuelle. Il montre également que les relations entretenues avec d’autres parties du monde, et leurs apports constants, ont largement contribué à modeler la Chine contemporaine.

    Après avoir assuré ses frontières, l’Empire connaît trois siècles d’occupation mongole (XIème – XIVème siècle); puis reconstruit son identité et connaît une période de prospérité sous l’impulsion de la dynastie Ming (XICème – XVII ème siècle). Une nouvelle étape commence au XVIIème siècle avec l’avènement de l’ordre mandchou. »

Nous voyageons donc ici du Xème siècle au XIXème siècle. Les détails sur cette période étant plus nombreux et celle-ci étant plus proche de nous, la lecture est rendue plus facile et plus dynamique. Après l’invasion et l’occupation mongole, la Chine connait un âge d’or sous la dynastie des Ming. Découvertes, progrès technologique, expéditions maritimes, essor du commerce … ont permis à l’Empire du milieu d’étendre son influence en Asie et dans le monde. Le déclin du XVIIème siècle marqué par une mauvaise gestion intérieure et les attaques extérieures des occidentaux et des japonais qui ne se privent pas d’imposer de lourdes sanctions économiques, plongent la Chine dans le chaos.

Le livre est divisé en 4 parties : Les Temps modernes ; des Empires sinisés à l’occupation mongole (XIVème – XIVème siècle) ; La restauration nationale (XIVème – XVIIème) ; Le paternalisme autoritaire (XVIIème – XVIII ème siècle) ; Du déclin à l’aliénation (XIXème siècle).

L’histoire de cette Chine est à rebondissements et tient le lecteur en haleine. Comme toujours, pour comprendre le présent il faut connaître le passé : l’influence de « l’extérieur », l’humiliation qu’a subit la Chine de la part des occidentaux et des japonais, l’envie de retrouver une gloire passée, redevenir un pays culturellement très riche … Pour tout amateur d’histoire ou pour toute personne désireuse de comprendre la Chine, le tome 2 est passionnant et comme le tome 1, indispensable.

Morceaux choisis :

    « L’aspect intellectuel et contemplatif, savant et parfois ésotérique des arts et des lettres dans les hautes classes chinoises s’affirme à l’époque des Song et restera dominant sous les dynasties des Ming et des Qing, en dépit de réactions qui tendent à rendre leur dignité aux arts martiaux et aux activités physiques chez des penseurs isolés tels que Li Zhi (1527-1602) ou Yan Yuan (1635-1704). Le lettré chinois sera désormais, sauf exception, un pur intellectuel qui estime que les jeux d’adresse et les concours d’athlétisme ne sont bons que pour les gens du peuple.

 » (p. 57)

    « En matière pénale, les traitements les plus rigoureux étaient réservés aux chinois. Ainsi, le tatouage en cas de vol n’était appliqué qu’à eux seuls. Tout meurtre de mongol par un chinois entraînait la peine de mort et l’obligation de fournir une indemnité pour les frais de funérailles (shaomaiyin), tandis que le meurtre d’un chinois par un mongol était sanctionné par une simple amende. La détention d’armes, permise aux mongols, était interdite aux chinois… » (p. 103)
    « L’esprit d’entreprise et de compétition, le goût de l’épargne, les notions de profit et de rentabilité sont non seulement absents, mais vont à l’encontre de toute la tradition humaniste de la Chine : la réussite sociale ne peut s’y réduire à un vulgaire enrichissement, mais implique avec tout l’acquisition d’honneurs et de dignités qui donnent accès au pouvoir et au prestige politiques. La morale chinoise prône le dévouement à l’Etat, la culture personnelle, l’effacement et la modestie. Même en affaires, le vrai capital n’est pas de nature économique, mais sociale : il est fait de crédit moral, de dignité, de pouvoir. C’est en fonction de ce crédit que donnent le renom acquis, la parenté, les liens contractés que se négocient les affaires. » (p. 343)
    « La pression étrangère n’a pas exercé en Chine que des incitations : elle a agi en même temps comme un frein aussi bien social, économique et politique que psychologique. La quête désespérée, entreprise par certains intellectuels, d’une idéologie salvatrice dans la tradition confucéenne, le conservatisme ombrageux de nombreux patriotes illustrent cette réaction de fierté nationale si bonne dans son principe, mais si néfaste dans ses effets. C’est une Chine déchirée en elle-même, incapable de reconnaître son propre visage et bientôt amenée à se renier que les nations étrangères se disputeront à partir des dernières années du XIXème siècle. Cette tragédie qui a été celle de tous les pays colonisés fut en Chine à la mesure d’une des plus grandes civilisations. La Chine garde aujourd’hui encore la marque de ce profond traumatisme. » (p. 357)
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