Livre : Balzac et la petite tailleuse chinoise

Balzac et la petite tailleuse chinoise est une autobiographie librement adaptée de l’écrivain 戴思杰 (Dài Sījié), racontant son enfance dans les camps de rééducation par le travail. Il est aussi réalisateur du film du même nom et vit en France depuis 1984. Pendant la révolution culturelle, ses parents, médecins dits « bourgeois réactionnaires » sont mis en prison. Il est envoyé en 1971 dans un camp de rééducation dans un village très difficile d’accès dans les montagnes de la province du Sichuan. En 1974, il peut enfin rentrer chez lui.

Quatrième de couverture :

« Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l’ouvrîmes silencieusement. À l’intérieur, des piles de livres s’illuminèrent sous notre torche électrique ; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouvert : à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Duman, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë…
Quel éblouissement !
Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara :
- Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde. »

Le roman raconte l’histoire de deux enfants de « bourgeois réactionnaires » envoyés dans un camps de travail pour y être rééduqués. Les deux amis s’occupent le plus souvent de porter des excréments à travers champs à l’aide de hôtes agrippées sur leur dos. Ils essayent de ne pas tomber pour éviter que le liquide noirâtre ne leur coule sur les joues. Heureusement, grâce à leur talent d’orateur, ils partent de temps en temps avec l’accord du chef du village, à la ville la plus proche pour regarder un film. De retour au village, il rejoue le film devant une assemblée de paysans enthousiaste. Usant de divers stratagèmes, ils arrivent à vivre une vie relativement « paisible ». Quelques semaines après l’arrivée au camps, une histoire d’amour naît entre Luo, l’ami du narrateur, et la petite tailleuse du village. Une histoire cachée qui fait la part belle à la découverte insouciante de l’amour.

Mais le principal fil conducteur du livre est une valise appartenant à un fils d’enfant bourgeois habitant non loin du village de nos deux compères. Une simple valise oui, mais qui renferme un butin inestimable : des livres étrangers en version chinoise (voir la quatrième de couverture). C’est la découverte d’un magot permettant de s’évader du travail des champs et promettant un monde inconnu pavé de merveilles. Un trésor permettant de survivre par l’imagination.

Balzac et la petite tailleuse chinoise est un livre bien écrit. On y trouve tout au long de la narration une certaine fraîcheur, une candeur, une joie de l’instant présent alors que l’histoire se passe dans un camps de rééducation. La fin de l’histoire est mélancolique et nous fait redescendre du doux nuage qu’est l’insouciance de l’adolescence.

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